19/02/2007

3.

 

J'ignorais à l'époque en quoi consistait un blog.  Internet restait pour moi une toile que j'utilisais à des fins purement pratiques.

Après qu'une collègue ait éveillé mon intérêt, ce soir-là, je tape sur la barre de recherche "blogs".  S'ensuit une série d'adresses.  J'opte pour skynet, là je suis plus ou moins en pays de connaissance.

 

Je ne sais plus comment j'ai choisi son blog, c'était comme ça, à tout hasard.  Le nom m'a plu. 

Un clic de souris… et la page bleue s'ouvre.  L'écriture est agréable, sans fautes.  Je lis la première page, je reviens en arrière…. jusqu'à retourner à l'origine du blog. 

J'apprends ainsi qu'il est marié, qu'il souhaite depuis bien longtemps rencontrer quelqu'un avec qui partager, en parallèle, un quotidien affectif plus riche, plus harmonieux.  Il a fait de nombreuses rencontres, toutes soldées par un échec.

Je lui envoie un premier message après qu'il ait mis un terme à une histoire un peu cahotique.  Je sens son désarroi, sa peine, sa colère.  Et c'est là que commencent nos premiers échanges.

 

Je pense à tout ça en une fraction de seconde tandis que la voiture roule vers la ville la plus proche.  Je suis détendue; il parle de tout, de rien.

 

Il fait un peu frais, mais le soleil est au rendez-vous.  La journée est lumineuse.  Un café sur le boulevard, la terrasse.  On s'installe.  Je connais très bien cette ville et des proches y travaillent.  Sur cette heure de midi, il se pourrait que l'un deux passe devant l'endroit où nous nous trouvons.  Je m'en fiche, éperdument.

Il parle de lui, se présente plus longuement.  S'étonne de me voir allumer une cigarette.

"Tu ne m'avais pas dit que tu fumais".

"Tu ne me l'as pas demandé".

Je ris. Manifestement, il n'aime pas ça.  Tant pis.

Je raconte un peu ma vie, ce mariage qui n'en était plus un.  Il m'écoute attentivement.  Je n'ai pas l'habitude d'être écoutée; je suis un peu déroutée par cette attention.  J'apprendrai plus tard que cet intérêt est loin d'être gratuit. Mais là, je me pose doucement dans cette première rencontre et le charme opère.  L'heure s'écoule sans que j'y prenne garde.

 

Le retour en voiture me paraît bien court, me voilà devant le bureau sans que j'aie vu la route défiler.

 

D'un bref sourire, on se dit au revoir.  Soudainement, il me serre un court instant contre lui.  Je sors de la voiture en faisant un signe de la main.

 

Commence un après-midi comme un autre. 

 

Mais je sais que rien, désormais, ne sera comme avant.

21:54 Écrit par Une passante... dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

18/02/2007

2.

 

Tout a commencé au printemps dernier.

Nous nous sommes rencontrés par le plus pur des hasards.  Ou la plus grande des coïncidences, selon.  Il tenait un journal intime sur le net.  Je l'avais lu, ce que j'avais lu m'avait ému.  Je le lui ai fait savoir… 

 

Nous conversons par messagerie.  Petit à petit, je laisse aller mes pensées, nos échanges se font un peu plus personnels. 

Ses écrits changent aussi, passent du désespoir à une douce lumière.  Il dépose, sans le dire vraiment mais je sais qu'ils me sont destinés, des mots qui m'envolent, me bouleversent, me renversent cul par dessus tête.

 

Et d'échanges de courriel en conversation virtuelle, se profile une première rencontre.

 

Rendez-vous est donné au bureau.  Cinq minutes avant l'heure prévue, je guette l'arrivée de sa voiture.  Je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi il ressemble.  Je regarde l'heure… encore quelques instants à attendre… et tout à coup me monte au ventre une peur sourde, irraisonnée. 

Que fais-tu ma fille?  Tu es folle?  Toi, donner rendez-vous à quelqu'un que tu ne connais absolument pas, si ce n'est par ce qu'il a bien voulu te dire dans vos conversations virtuelles?  Je ne te reconnais pas!! 

 

Bien non, je ne me reconnais absolument pas dans cette démarche.  Qu'est-ce qui m'a poussé à accepter de le rencontrer? 

Je me sens très proche de ce qu'il écrit et je ressens son mal-être à travers ses mots.  Est-ce uniquement ce besoin de mettre un visage derrière une souffrance qui m'a décidée?  Ou, est-ce cette solitude sentimentale qui me pèse et à laquelle il pourrait, peut-être, mettre un terme?

 

Une voiture monte l'entrée du parking.  Je vois, de loin, son conducteur. 

Immédiatement je pense : "oh non, j'espère que ce n'est pas lui… je ne pourrai jamais…."

 

Il se gare à l'autre bout de la place. 

Je me décide à sortir et j'avance, d'un pas décidé, vers l'inconnu.

10:43 Écrit par Une passante... dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/02/2007

1.

Janvier.  Il fait nuit bien qu'on ne soit encore qu'en fin d'après-midi.  Un peu plus tôt, il m'a appelée.  Se propose de me rejoindre à la gare et me ramener à la maison.  Interloquée, je trouve de vagues prétextes pour refuser.  Il les contrecarre, bien entendu.  Je finis par céder.  Un peu à contre-cœur, un peu aussi avec l'envie de le revoir.

 

Un crachin glacé m'a transie jusqu'aux os tandis que je l'attends sur le boulevard.  Des passants, pressés, me bousculent, indifférents à l'émotion qui me gagne d'instant en instant.  Je tremble un peu,  et la pluie n'y est pour rien.  Enfin il  s'arrête de l'autre côté de la chaussée, je traverse en courant et monte dans la voiture.  Il y fait chaud.

On se dit bonsoir, on sourit.  Sa barbe me caresse lorsqu'on s'embrasse joue contre joue.

Et je retrouve cette odeur avec une volupté que je n'imaginais pas.  Son odeur.  Mon sang cogne dans mes tempes. Mon ventre se contracte.  En quelques secondes mon corps devient attente.

 

Des mois se sont écoulés depuis son départ, mais je n'ai rien oublié.  Ni la douceur de ses mains, ni le bleu de son regard.  Ni la douleur écrasante de sa fuite, ni l'angoisse de l'absence, du manque.

 

On roule au pas, la chaussée est très fréquentée à cette heure.  La pluie ne cesse pas; elle danse, brillante et narquoise, dans la lumière des phares.  On parle de tout et de rien, faussement détachés. 

Je me tiens raide sur le siège passager; des flashs surgissent dans ma mémoire, surtout cette douleur que sa présence rend étrangement plus vive encore.

 

Il me dépose devant la maison.  On se dit au revoir, à bientôt.  On ne se dit rien, en fait.  Tout reste en suspension, l'air en devient palpable.

 

Je monte l'escalier du perron.  La lumière.  La cuisine.  La maison, vide.  Je pose mon sac et me débarrasse de mon manteau trempé.  Et déjà commence l'attente. 

Je sais que, cette fois, je ne m'en sortirai pas.

17:28 Écrit par Une passante... dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |