25/03/2007

10.

La voix éraillée du manager national me tinte aux oreilles.   Après les salutations d'usage, il souhaite parler d'urgence à mon époux. 
J'entends, de loin, des bribes de conversation... "oui, bien entendu... ce n'était pas prévu... bien, je serai là, ne vous inquiétez pas.  A demain, bonsoir".
Il revient, un peu dépité.  Une situation de crise est signalée sur un chantier en France, il doit s'y rendre dès le lendemain.  Et ensuite reprendre le chemin de la Hollande, là où vont se mettre en place de nouvelles infrastructures.  500 personnes à embaucher, une sélection rigoureuse, bref, de quoi passer quelque temps au pays des tulipes.
 
J'ai un peu de mal à masquer mon soulagement.  Il me regarde, surpris que ce brusque départ semble me convenir.  S'il savait... Au moins, ça me laissera le temps de respirer, d'établir un plan d'attaque pour sa prochaine venue. 
 
C'est avec plaisir, ce soir-là, que je plie chemises et costumes dans la grande valise noire que j'ai si longtemps maudite et que je bénis maintenant...  Je n'ai qu'une envie, prévenir mon amour des nouvelles du jour.  Je trouve le moyen de lui envoyer un message discrètement.  Mon coeur bondit dans ma poitrine tandis que j'écris ces quelques mots, persuadée que lui aussi sera heureux de ce dénouement inattendu.  La soirée se passe sans que la moindre réponse ne s'affiche sur mon portable.  Sans doute n'est-il pas seul, et ne sait-il me répondre.  Qu'importe, il y a beaucoup de demains à venir, rien que pour nous!
 
Nous passons le reste de la soirée à bavarder de tout et de rien.  Il parle de vacances, de plages blanches et de soleil.  Je pense départ, éloignement, angoisse, manque.  Je reste évasive, prétextant la difficulté de m'absenter trop longtemps du bureau.  Lorsqu'il me serre contre lui, il perçoit très nettement le mouvement de recul que je n'ai pu éviter.  Son étreinte se relâche; il ne dit rien et passe à la salle de bain.  C'est heureux qu'il ne nous reste plus que quelques heures à passer ensemble.  Si les mots se refusent à sortir de ma bouche, mon attitude, elle, me trahirait...
 
Cette nuit-là, je ne ferme pas l'oeil.  Je l'entends respirer à mes côtés et cette promiscuité me dérange.  Je me tiens tout au bord du lit, l'esprit en proie à tous les doutes devant le silence du portable...  Demain, sans doute, il m'appellera.  Cette pensée m'obsède et me tient les yeux grands ouverts.  Les minutes semblent s'épuiser en un mouvement lent, imperceptible. 
Demain est là, à portée de main.  Et pourtant, j'ai le sentiment qu'il m'échappe...

20:10 Écrit par Une passante... dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Comme toujours... ... c'est un plaisir de découvrir la suite de ton récit. Je me demande où tout ça va mener, et chaque nouelle suite est une interrogation!

Au plaisir de te lire! ;)

Bisous

Écrit par : tayiam | 26/03/2007

...coucou de sashana ...quel suspens !!!...j'adore...
bisous

Écrit par : sashana | 26/03/2007

Hello Je viens te déposer un bisou printanier.
Et que va-t-il se passer.
Duke

Écrit par : DUKE | 29/03/2007

Un petit bisou en passant, j'espère que vous allez bien, chère Passante :-)

Écrit par : Pivoine | 14/04/2007

... En attente désespérée d'une suite, je viens prendre de tes nouvelles...

J'espère que tout va bien!

:)

Écrit par : tayiam | 26/07/2007

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