22/03/2007

9.

A peine arrivée au bureau, je le contacte.  La nouvelle, bien entendu, ne lui plait guère...
Ce retour inopiné du troisième larron - mais je devrais dire le quatrième... - le plonge dans une colère noire.  Et c'est à peine s'il ne me demande pas de proposer à mon époux de loger à l'hôtel!  J'argumente, j'explique.  Il reste fermé à toute tentative de conciliation.  Mon mari est là, il ne devrait pas y être, point.  Je me débrouille comme je veux, mais ça ne doit rien changer dans notre planning.
 
Cette réaction, tout à fait égoïste, me surprend.  Et me met en colère moi aussi. Après tout, lui aussi est marié.  Et je ne lui demande pas d'envoyer Madame prendre des vacances à Ouagadougou pour nous laisser le champ libre!  Quand on est deux dans la même galère, il n'est pas question qu'il n'y en ait qu'un qui rame!
 
Le ton monte, il raccroche brusquement.
 
La journée s'annonce riche...  Me voilà avec, sur les bras, celui que j'aime en colère et celui que je n'aime plus qui m'attend à la maison avec le sourire d'un égrégore qui aurait retrouvé son missel...
 
Je peux retourner la situation sous toutes les coutures, il n'y a pas trop d'alternatives.  Je suis décidée à parler ce soir, à dire à ce mari d'opérette que j'aime ailleurs.  Autrement, oh oui, bien autrement.  La journée durant, je répète mon discours du soir...  Les mots semblent s'enchaîner à merveille; ce que j'ai à dire est tellement évident, tellement irréfutable!
 
Interminable journée, sans un signe, sans un mot qui vienne de lui.  Au fil des heures, ce besoin de l'entendre s'intensifie.  Jusqu'à supplanter la fébrilité qui s'empare de moi en pensant qu'après ce soir maudit, nous pourrons enfin nous aimer au grand jour.  Du moins en ce qui me concerne...
 
Lorsque je rentre à la maison, la table est dressée, le repas m'attend... ainsi que celui qui l'a préparé.  Chose peu banale dans notre vie qui a pour effet de me décontenancer.  Il a pensé à tout.  L'apéritif est servi au salon, verres cristallins qui brillent dans le couchant.  Mon opéra préféré se diffuse en sourdine.  Le chat - qui est en fait le sien - a repris ses droits et me regarde, narquois, étendu sur la bergère couverte de velours rouge.
 
La conversation s'oriente sur nos aspects professionnels respectifs, sur la famille, sur les derniers potins du village.  Je m'égare dans ce déluge de mots.  Mon assurance s'effiloche tandis qu'il s'active aux fourneaux en babillant.  Soudain, la pensée de celui qui m'a boudée toute la journée embrase mon esprit.  Je bois mon verre à grandes goulées, je me lève et dis "j'ai quelque chose d'important à te dire".  Il se retourne, souriant, alors que résonne la sonnerie maudite du téléphone.
 
"Je suis occupé chérie, tu décroches? Merci"...

20:31 Écrit par Une passante... dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

lien Coucou, je compte mettre un lien de mon blog vers le tien, j'espère que cela ne te dérange pas ?

excellent week-end et au plaisir de te lire

Écrit par : sashana | 24/03/2007

Passante... Tout d'un coup, je pense au prochain concours de nouvelles de la Fureur de lire... "Rendez-vous".

Je pense aussi que ta "chute" est drôlement bien amenée. Là, on va rester bouche bée jusqu'à l'épisode suivant................

Plum' (une amie bloggeuse) a écrit trois belles "entrées" sur son blog sur l'histoire d'un homme marié coincé entre son épouse et sa "maîtresse". C'est pas mal du tout. (Plum' est en lien chez moi, dans les blogs "litéraires" et son blog s'appelle "Tranches de vie").

Rha la la, ton bougre de héros marié, là, il a pas intérêt à se retrouver un jour en face de moi... Je crois que j'aurais dur à pas lui envoyer un verre dans la figure ;-) (le contenu du verre, pas le verre...)

Écrit par : Pivoine | 25/03/2007

passante.... .... comme tu nous tiens!
bonne journée et à bientôt

Écrit par : gibritte | 25/03/2007

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