03/03/2007

7.

Autour de moi, chacun s'accorde à me trouver changée.  Transfigurée.  Et ça doit être vrai.  Je me sens belle.  Je me sens femme.
 
Cette plénitude est toutefois troublée par quelques questionnements.  Intuitive et sensitive, je perçois le moindre changement dans ses attitudes, son ton, son regard.  Un désistement de dernière minute?  Je l'ai pressenti bien avant qu'il m'en informe.  Tout ça n'empêche ni la déception, ni le doute.  Après tout, je le connais si peu...
 
Une journée entière, volée à tous.  Nous en savourerons chaque minute.  Il fait grand soleil; nous choisissons un endroit en pleine nature, à proximité d'un cours d'eau.  Nous parlons beaucoup.  De lui, de moi.  De nous.  Je le découvre dans des situations nouvelles; c'est ainsi que je constate qu'il est maladroit pour commander au restaurant, qu'il aime plaisanter avec tout le monde, qu'à l'inverse de moi il n'a pas le vertige, qu'il aime l'eau, son chant, ses reflets, son contact.
 
Le midi, nous nous arrêtons dans un petit bistrot-resto de village.  Les gens attablés semblent être des habitués.  Nous nous installons et tous les regards convergent vers notre table.  Je lis très clairement dans ces regards... ça me fait rire!  Oui, nous sommes un couple illégitime en goguette.  Oui, nous nous mangeons des yeux en riant.  Oui, tout à l'heure, quand vaillamment vous vendrez vos entrecôtes, vous taperez sur votre clavier ou veillerez à la naissance d'un agneau, nous nous évaderons très loin, dans ce pays que seuls nous partageons.  Gardez vos sourires goguenards, vos regards en coin et vos plaisanteries égrillardes.  Nous, c'est un monde, un espace, une dimension différents des vôtres.  Je me sens étrangement vivante; je les vois en sursis.
 
Sur le chemin du retour, nous chantons à tue-tête.  Sa voix est à la fois nasillarde et éraillée, il chante faux, horriblement, mais le coeur y est!
 
Ce soir-là, alors que la voiture qui l'emmène effectue un demi-tour sur la chaussée, je fais un signe du bout des doigts.  Un sentiment étrange m'envahit.
 
Je referme la porte doucement et reste un instant appuyée dos au mur, les yeux fermés.  Je vais me faire un café; je sais que, cette nuit, le sommeil me fuira.
 
Au fond de moi, mon instinct veille.

08:49 Écrit par Une passante... dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

S'il y a quelque chose que j'apprécie vraiment dans la façon dont tu racontes cette histoire, c'est que tu ne donnes aucun détail physique, en dehors de la couleur des yeux, et que cela laisse toute liberté à ceux qui lisent d'imaginer la tête qu'il a, les lieux, même sa voiture. Tu ne nous enfermes pas dans des critères établis et tu arrives à distiller des infos au compte-gouttes, qui font qu'on en redemande.
A bientôt, bisous

Écrit par : Kardream | 03/03/2007

Tout est très bien rendu, Ce sentiment unique qui envahit et en même temps, la petite crainte, qui veille, l'esprit aux aguets, mais en même temps, non, on se laisse aller, on s'épanouit, comme un bouquet de fleurs dans l'eau. On s'y prend à ton récit... Et je pense que c'est bien de l'écrire.

Écrit par : Pivoine | 05/03/2007

Bonjour.......passante Je te suis.C'est beau .......comme un roman.
Bisous à toi.
DUKE

Écrit par : DUKE | 06/03/2007

Les commentaires sont fermés.